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Une course contre la montre pour Dilma Rousseff

Article François-Mary Bourreau

Ce qu’il faut retenir de l’allocution de la Présidente Dilma ROUSSEFF pour calmer les tensions… Promesses et fermeté. Le peuple brésilien va-t-il s’en contenter ? D’autant qu’il reste à la Présidente seulement quelques mois avant les prochaines présidentielles en 2014 pour tenir ses promesses.

 

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photo Emmanuel Favre Nicolin

Quelque 75% des Brésiliens soutiennent le mouvement historique de protestations, selon le premier sondage, publié samedi par la revue Epoca, sur la crise qui secoue le géant d'Amérique latine depuis bientôt deux semaines. Le prix et la piètre qualité des transports en commun arrivent en tête des motifs de mécontentement (77%), devant la classe politique (47%) et la corruption (33%).

Depuis lundi, les propositions pêle-mêle de la présidente Dilma Rousseff qui travaille dans l’urgence incluent de consacrer 100% des recettes pétrolières du pays à l'éducation, une initiative qui doit être approuvée par un parlement très divisé sur la question où le Parti des travailleurs (PT, au pouvoir) n'a pas la majorité absolue. D’autant que les Gouverneurs Casagrande de l’Espirito Santo et Cabral de l’état de Rio opposent tous deux un front d’opposition très fort à la loi de répartition en l’état du Présal. C’est sans aucun doute, une promesse que la Présidente ne pourra tenir d’ici 2014.

Sur les réseaux sociaux, vecteurs de cette fronde sociale animée par des jeunes de la classe moyenne hostiles à la classe politique et aux médias traditionnels, le scepticisme prévalait. "Nous voulons une date, une heure. Action. Les promesses ne suffisent plus", a réagi une internaute. "J'était déprimée en écoutant la présidente Dilma. C'est une blague, non? Elles nous prend pour des imbéciles sur la chaîne nationale", a écrit une autre.

L'éditorialiste du journal O'Globo Merval Pereira, d'habitude très critique envers le pouvoir, a jugé que la présidente "s'en est bien sorti""Elle n'a pas été arrogante. Au contraire, elle s'est montrée humble, à l'écoute de la rue""Elle a brassé du vent", a estimé au contraire le sénateur social-démocrate d'opposition, Alvaro Dias, cité par le site d'information G1.

L'ancien président social-démocrate Fernando Henrique Cardoso (1985-2003) a critiqué le modèle économique du PT au pouvoir en le comparant à celui de la Chine: "Là-bas ils épargnent et investissent. Ici on consomme sans investir. La rue est en train de dire : “la consommation ne suffit pas, je veux plus'".

L'ancien attaquant vedette brésilien Romario, aujourd'hui député, a apporté son soutien aux manifestants, estimant qu'aujourd'hui, "le vrai président du Brésil s'appelle la Fifa".

Elle a proposé de soumettre à un référendum une «réforme politique» profonde du pays par le biais d'une «assemblée constituante spécifique». Lors d'une réunion devant les 27 gouverneurs du pays, et 26 maires des plus grandes villes, elle a également annoncé l'injection de 50 milliards de reais (18,5 milliards d'euros) pour améliorer les transports publics, principal cheval de bataille des manifestants, et la mise en chantier de pactes contre la corruption, en faveur de l'éducation, de la santé et de la stabilité économique, via contrôle budgétaire et de l'inflation. En a-t-elle les moyens car le PT est minoritaire…

“Je veux proposer un débat sur la convocation d'un référendum populaire qui autorise le fonctionnement d'un processus constituant spécifique pour mener la réforme politique dont le pays a tant besoin“, a déclaré Mme Rousseff, candidate à un second mandat en 2014. “Le Brésil est mûr pour avancer (...), il est temps de sortir de l'impasse“, a-t-elle dit en rappelant que toutes les tentatives antérieures de réforme politique ont avorté. Deux dates sont envisagées pour le référendum: le 7 septembre, date de l'indépendance du Brésil et le 15 novembre, anniversaire de la proclamation de la République, a indiqué après la réunion le ministre de l’Éducation, Aloisio Mercadante. C'est “le Congrès qui dira sous quelle forme se fera“ (...) l'assemblée constituante spécifique“ proposée par la présidente, a-t-il ajouté.

Mme Rousseff a encore promis de livrer un combat “tranchant“ contre la corruption via une "criminalisation" de ce fléau qui ronge le pays, sera assortie de «peines sévères». Elle a réitéré sa volonté de faire voter l'attribution de 100% de la manne pétrolière à l'éducation et d'augmenter substantiellement les places d'étudiants en médecine et d'internes d'ici à 2017, tout en ayant recours à des médecins de l'étranger pour parer à «l'urgence». Ce n’est pas de médecins dont le pays manque, mais plutôt de moyens et de structures hospitalières qui font gravement défaut sur l’ensemble du territoire et place le Brésil sur le plan santé, au rang des pays sous développé n’en déplaise à Madame la Présidente Dilma Rousseff pour cette sombre réalité incontestable et qui est un fait avéré.

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photo Emmanuel Favre Nicolin

Les jours qui vont suivre sont déterminants pour la Présidente. C’est de toute évidence une course contre la montre que mène Madame Dilma Rousseff contre l’opinion public brésilien, lequel entend bien cette fois poursuivre les manifestation jusqu’au bout, mais aussi maintenir la pression pour obtenir satisfaction aux revendications populaire. Une nouvelle page commence pour le pays qui entend bien garder sa démocratie.

François-Mary Bourreau pour (brasil-infos.com).